Les sept habitudes d’une personne hautement effective et la mort d’un nouveau média francophone

Stephen Covey est un auteur, entrepreneur et orateur dont les livres ont structuré la littérature de developpement personnel pendant plus de 25 ans. Son livre le plus fort, “The Seven Habits of Highly Effective People” est un best seller mondial dont les ventes ne cessent de grandir depuis la même période. J’ai beaucoup aimé ce livre et je me suis dit que je pourrais partager avec vous quelques unes des notes que j’ai écrites dessus.
 
Je reconnais qu’aussi intéressant soit-il, ce bouquin peut devenir assez hermétique à cause de son approche quasi-théorique de la productivité. Il est découpé en quatre parties dont je vais partager les éléments essentiels, sachant que cela vous donnera la volonté de lire ce livre vous mêmes. On essaiera ensuite d’appliquer le contenu de son livre à des pratiques de quelques médias du paysage francophone morts trop tôt.

Changez de paradigme

La première partie est la plus hermétique et pourtant la plus intemporelle du livre. Ce que peu de gens savent au sujet de Stephen Covey, c’est qu’il a toujours attribué son succès à sa foi, car il est mormon et membre actif de l’église des saints des derniers jours. Il ne mentionne pas explicitement ses croyances dans le livre mais son introduction est assez frappante: selon lui, nos attitudes amènent à de petits changements, mais pour arriver à des transformations radicales, il faut passer par un changement de ses croyances profondes, ce qu’on appelle le “paradigme”, ou la “vision du monde”.
 
je partage son  avis, raison pour laquelle j’ai une page taguée “mes croyances” sur le blog de La Baguette. La plupart des décisions influencées par notre vision du monde sont inconscientes mais Stephen Covey postule qu’une fois qu’on en prend connaissance, on a plus de pouvoir sur elles, notamment celui de les changer. J’ai pris la peine de chercher pour vous un test simple, rapide et ludique pour que vous sachiez un peu mieux quelle est votre vision du mondeDans le cas où vous chercheriez un test un peu plus complet, en voici un autre qui sera beaucoup plus détaillé, conçu par la chercheuse en psychologie Annick De Witt. Cependant ne pensons pas qu’un simple test peut nous permettre d’être clairement fixés sur notre vision du monde, c’est une notion hautement fluctuante.
 
Malgré son apparente connotation spirituelle, avoir une vision du monde n’est pas que l’affaire des croyants, mais celle de tout le monde. M Covey présente dans son introduction une notion fondamentale: le changement de paradigme, processus par lequel un individu quitte d’une vision du monde à une autre.

🌟Les Sept habitudes de ceux qui réussissent ce qu’ils entreprennent🌟

Le coeur de l’ouvrage de M Covey réside vraiment dans cette notion de changement de paradigme dont il parle au début du livre. Ensuite, il s’appuie sur ses fondements pour avancer ses idées sur la productivité, le developpement personnel, les secrets du succès. Ces habitudes sont tellement connues que je n’ai pas voulu perdre mon temps et le vôtre: voici des liens qui peuvent vous aider si vous voulez en savoir plus sur leur contenu:
1. Etre proactif: Concrètement, cela signifie penser et réagir aux évènements avant qu’ils ne se produisent, pour ne pas en être dépendant. On le fait fondamentalement en s’appuyant sur le présent et en se projetant sur le futur, ce qui est extrèmement difficile à faire si l’on n’a pas une vision du monde forte et cohérente.
2. Penser avec la fin en esprit: Benjamin P Hardy est l’auteur le plus populaire de la plateforme Medium. L’article que je vous ai mis en lien pour cette partie a un titre qui résume excellemment l’idée couverte par M Covey dans son livre:🌟 “Comment atteindre votre plan sur dix ans dans les six prochains mois“🌟. Et ce n’est pas un simple titre piège à clic, l’auteur révèle vraiment une manière de penser que je trouve très déroutante, dérangeante même. Note de coté sur la question de la vision du monde, Benjamin Hardy est aussi un croyant fervent, même s’il ne partage pas les mêmes fondements réligieux que Covey.
3. Mettre les priorités en premier. Averroes est considéré (en Europe) comme l’un des penseurs musulmans les plus influents connus. En tant qu’auteur, il traduit et interprète des dizaines de livres disparus des bibliothèques médiévales et les enseigne. En tant que philosophe et apologète, il est le premier à structurer ce qu’on appelle aujourd’hui l’argument téléologique, comme “preuve” de l’existence d’une divinité personnelle et transcendante. Cet argument est le même qui structure l’idée de cette troisième habitude; les choses ordonnées ont un but.
 Atteindre un but ne se passe pas sans un ensemble organisé d’étapes et la littérature d’Averroes en est un exemple frappant qui ramène encore à cette notion de paradigme; connaitre les priorités est une nécessité qui est fortement dépendante de notre appréciation du futur, or ce futur est une pure question de visions du monde. Oui, on y revient, encore et encore, car c’est le coeur du livre de Covey. Si vous n’en avez saisi qu’une phrase, saisissez celle là.
 
Et là vous vous dites que j’ai encore quatre habitudes à vous décrire n’est-ce pas? Non.
Finissez d’abord avec ce que je vous ai donné, on verra la suite plus tard. Pour le reste, voici un résumé détaillé et en français du livre, ça vaut le détour. C’est lui que j’aurais mis entre étoiles si je n’avais pas partagé cet excellent article de P Hardy, plus haut.

Et que se passe-t-il si on n’applique pas les habitudes des personnes effectives avec son média? En voici quelques exemples

L’année dernière et celle d’avant, on ne compte pas moins d’une douzaine de nouveaux médias qui ont vu le jour ou grandi en France, avec des budgets ambitieux, des modèles d’affaires courageux et des résultats… mitigés. Bon. En vrai, médiocres. Entre les magazines en ligne par abonnements avec formats orginaux comme Unsighted et AOC, les 100% social media comme Monkey et Loopsiders, les magazines sur papiers comme L’Ebdo, Vraiment, Le 1 et Le Drenche, les journaux d’investigation de profondeur comme Explicite et Les Jours, le vendeur de contenu Spicey, on a vu de tout. Si j’ai le temps, je vous proposerai une étude en profondeur de chacune de ces offres et une opinion sur leurs probabilités de succès, du moins pour celles qui existent encore. Parce que pour certains, la course est terminée, ou sérieusement freinée.
 
L’Ebdo? Ils ont déposé le bilan. Et ça danse joyeusement sur leurs tombes.
Vraiment? Ils suspendent leurs parutions après deux mois d’existence.
De là on arrive à la conclusion que le papier n’est vraiment plus l’ami des médias, vu que deux d’entre eux sont en rigidité cadavérique après moins de trois mois d’existence. Par contre Le 1 et Le Drenche qui étaient nés depuis plus longtemps résistent, plus même: Ils grandissent.
Ma conviction est celle-ci:
La transformation qui est nécessaire à la survie des médias sera difficile en France et dans les pays culturellement francophones.
Bien qu’elle y soit aussi nécessaire qu’ailleurs, trop de faiblesse dans l’exécution tuera les plus déterminés, et la famine financière affamera les autres, si rien n’est fait. Preuve par l’exemple.

Explicite, ou la mort d’une étoile… filante.

C’est la nouvelle du dépôt de bilan du journal  Explicite, média en ligne et sans publicité qui m’a donné la rage pour cette lettre. Faux. Ce sont surtout les commentaires qui en sont sortis, d’une immaturité criarde. Pour eux plus que pour n’importe qui d’autre, je suis convaincu que la mort n’a pas été causée par une erreur fondamentale dans les choix de départ, mais par deux choses:
 
Premièrement, un manque de vision correcte et tranchée, due à mon avis à un manque d’expérience des meneurs. Ils ont un peu tout essayé, ce qui est normal quand on vient de commencer, mais fatal pour un projet éditorial, pour lequel le paraitre est fondamental. Peut-être s’entourer d’experts outre-mer spécialisés dans les lancements de médias aurait pu aider ici. Je précise ici que je ne parle pas d’expérience journalistique mais de celle d’entrepreneuriat.
 
Deuxièmement, j’ai trouvé l’exécution un peu faible. Je ne suis pas expert, et mon avis ne vaut que pour ce que j’ai vu ailleurs, mais par exemple j’ai eu du mal à saisir l’idée de rendre d’abord le média gratuit pour se faire connaitre avant de le faire payer. Quand même, à coté, The Correspondent a réussi son lancement aux USA avec zéro contenu de départ. Je dis bien zéro. Derrière cette information on voit bien que ce n’est pas forcément le contenu (du moins ce contenu là) qui attire les abonnés et les investisseurs. C’est surtout la vision, la candeur dans l’exécution et l’utilité intrinsèque, le problème à résoudre. Explicite voulait “exercer le “métier d’informer” avec responsabilité, simplement, sobrement, dans une démarche non partisane”, avouons que ce n’est pas très attirant pour le public, là où The Correspondent voulait “Débriser l’information pour ses lecteurs“. Des deux, même si ça semble être un simple choix de mots pour attirer des abonnés, je préfère nettement l’offre des néerlandais. Du coup dites moi:
 
Quelle est votre proposition de valeur? 
 
Cet article est une copie de la lettre publiée le 03 fevrier 2019 pour la newsletter. Vous pouvez commenter ici ou vous abonner pour recevoir La Baguette chaque dimanche matin à l’heure du petit déjeuner. Au programme: le futur des médias et des technologies numériques; à consommer avec humour, beaucoup d’humour.  

Author: Ad Wondje

Auteur, biographe, chrétien aux avis controversés. Parle de technologies, de médias numériques et d'apologétique.

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