Trois raisons pour lesquelles vous ne devez pas attendre d’un journaliste qu’il soit “objectif”

Avec la définition actuelle de ce mot, la pire forme d’écriture d’article qui puisse exister, ce sont les brèves. Il s’agit d’informations factuelles et concrètes sur un sujet d’actualité. “Objectives”, donc. Si vous en écrivez, arrêtez tout de suite et changez de style, ou changez de métier.

Une idée reçue de plus en plus présente sur les forums populaires avance que ce qu’on est censé attendre d’un journaliste c’est de l’objectivité, des faits ou en d’autres termes, “la vérité”. Je comprends ces attentes mais elle pose un soucis lorsqu’on regarde dans le temps: de telles caractéristiques du journalisme sont l’exception, pas la norme, comme le faisait remarquer un enseignant de journal dans un article récent publié sur Areomagazine. J’ai résumé ici trois raisons pour lesquelles vous ne devez pas attendre d’un journaliste qu’il soit “objectif”, du moins pas avec la définition actuelle que l’on donne à ce mot.

1. L’objectivité, c’est facile à fabriquer

Lorsqu’on s’attaque à des articles faciles à faire, même un robot peut le faire.

Raconter les faits ne demande aucune expertise particulière, lorsqu’ils sont d’une certaine simplicité. Si le talent du journaliste se limitait à raconter des histoires plates sur des événements, il aurait vraiment du mal à se faire payer pour une quelconque compétence à la fin de la journée, et c’est déjà le cas. Cet article de Numérama raconte comment Héliograph, un robot conçu dans les chambres d’éditions du Washington Post aux états-unis a publié près de 850 articles, des brèves, principalement.

Les projets journalistiques visant à remplacer les tâches les plus répétitives des journalistes par des intelligences artificielles ne se comptent plus. De ce fait, attendre d’un journaliste ce genre d’objectivité, signifie en fait vouloir un robot. De plus, il y a des réalités qui ne peuvent être transmises dans la simplicité. C’est facile d’écrire une brève “objective” sur le nouveau single d’un chanteur pop, mais beaucoup plus complexe de faire une simple note sur un événement s’inscrivant dans une réalité plus profonde: prenons la crise anglophone au Cameroun par exemple. Une simple information comme “tel a fait ceci”, censée être factuelle et simple, qui tenait dans un tweet, a failli amener la journaliste Mimi Mefo en prison pour un long, long moment.

2. Un média non biaisé, c’est un mythe

Le journaliste Daniel Walsh l’a dit mieux que moi dans un billet sur Medium: “média non biaisé, une contradiction dans les termes”. Dans cet article il exprime une idée assez contre-intuitive: la neutralité dans les médias, c’est un phénomène non seulement récent dans le temps, mais aussi un idéal impossible à atteindre.

Son explication se réfère à la montée du courant philosophique post-moderniste dans la seconde moitié du XXème siècle pour montrer qu’un concept comme la réalité objective est une illusion. Je ne suis pas d’accord avec lui sur ce point, mais je pense que sa défense reste valable. Les médias qui se disent non biaisés sont d’expérience les plus soumis à des contraintes éditoriales liées à leurs attentes politiques ou financières, pour ne citer que celles-là. Lorsqu’un éditorialiste de BFM se limite à proposer des positions libérales à chacune de ses sorties, on ne va pas se dire que sa mission est de prôner la sécurité sociale universelle. Et c’est normal, il est payé pour ça. Je précise que l’article que vous allez lire en cliquant sur ce lient est lui même biaisé, puis qu’écrit et publié via sur média dit proche de la gauche, ACRIMED. En bref, il ne faut pas s’attendre à ce qu’un média soit neutre, et à cause du biais de confirmation, c’est même le contraire qui se produit: on aura très souvent une préférence pour les informations qui confirment nos à priori, pas celles qui les infirment.

3. L’objectivité, ça coûte cher et ça ne rapporte pas grand chose

Cette idée vient de moi et je n’ai aucune source pour le moment pour corroborer ma théorie.

Dans l’article de Daniel Walsh cité plus haut, il explique qu’aux origines les médias étaient biaisés et orientés pour la bonne et simple raisons qu’ils étaient conçus pour l’être. Leurs possesseurs les détenaient pour faire avancer leurs agendas politiques ou économiques et cela ne gênait personne. J’ai en mémoire ce journal acheté par Henri Ford, dans lequel il exposait son antisémitisme en gros titres. Oui, Henri Ford, le milliardaire constructeur automobile. Les années plus tard, le modèle économique des médias s’est rapproché de la publicité et je pense que c’est à ce moment qu’on pouvait s’attendre à ce que les journaux soient neutres, du moins politiquement.

La raison de la “neutralité des médias” ne se trouverait pas dans un soucis d’objectivité vis à vis des audiences, mais dans un désir de rentabilité vis à vis des payeurs. Personne n’a envie de lire une mauvaise nouvelle juste à côté d’une page de pub pour une nouvelle voiture, du coup il aurait fallu éviter que le lecteur n’ait un biais négatif envers le média, enfin qu’il soit au maximum réceptif aux publicités. C’est donc ainsi que, dans un paradoxe que je trouve complètement dingue, ce qui se trouve le plus proche de l’objectivité se trouve dans les médias financés par la publicité de masse: TF1, M6. Si un tel média se conformait à explicitement défendre ses positions et croyances politiques, il perdrait automatiquement les audiences (et les revenus) des autres obédiences. Conséquences, on nettoie tout ça.

Bien sûr comme je l’ai précisé, c’est une théorie. Si j’ai tort, alors on devrait constater une claire position politique assumée de la part de médias qui tirent leurs revenus majoritairement de la publicité. Et si j’ai raison, on devrait retrouver cette claire position politique assumée, plutôt dans les médias financés par des abonnements. Le Média, Acrimed, The correspondent sont tous des médias financés par les lecteurs. Tous, sont politiquement orientés, ou du moins, “politiquement transparents”.

 

Les sept habitudes d’une personne hautement effective et la mort d’un nouveau média francophone

Stephen Covey est un auteur, entrepreneur et orateur dont les livres ont structuré la littérature de developpement personnel pendant plus de 25 ans. Son livre le plus fort, “The Seven Habits of Highly Effective People” est un best seller mondial dont les ventes ne cessent de grandir depuis la même période. J’ai beaucoup aimé ce livre et je me suis dit que je pourrais partager avec vous quelques unes des notes que j’ai écrites dessus.
 
Je reconnais qu’aussi intéressant soit-il, ce bouquin peut devenir assez hermétique à cause de son approche quasi-théorique de la productivité. Il est découpé en quatre parties dont je vais partager les éléments essentiels, sachant que cela vous donnera la volonté de lire ce livre vous mêmes. On essaiera ensuite d’appliquer le contenu de son livre à des pratiques de quelques médias du paysage francophone morts trop tôt.

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