BusinessCroissance afrique francophone

Parce que leur marché ne grandit pas. La taille du marché potentiel est un facteur clé de succès pour un projet entrepreneurial. Malheureusement en Afrique, on n’en a pas trop conscience.

1. Quel est l’objectif d’une start up ?

La première mission d’une start up est de croître. À terme, Peter Thiel aime dire que l’objectif N° 1 d’un entrepreneur c’est de “Devenir un monopole”. En fait, la mission d’un entrepreneur se déroule avec ces trois sous-missions distinctes mais d’égale importance :

  1. Devenir un monopole.
  2. Rester un monopole, c’est à dire éloigner, acheter, éliminer la concurence.
  3. Croître comme le virus de la grippe.

Ce n’est pas moi qui ai inventé les règles, je n’ai fait que les lire; mais depuis Ford et Rockfeller, le raisonnement est le même. C’est pour cela que Facebook détient près de 90% du marché des applications Social Media. Pour continuer de grandir ils ont même cessé d’être une entreprise technologique pour devenir une compagnie de relations publiques : leurs plus grandes menaces sont les régulations et l’humeur sociale ambiante.

Facebook n’a plus besoin de “créer de la valeur”, la valeur est là. Ils doivent la capter où elle se trouve en achetant ou en copiant toute autre compagnie captatrice d’attention, leur matière première. Si un gouvernement s’oppose à leurs intérêts… On va simplement faire front, comme en Australie. Facebook détient quatre des cinq plus grosses applications sociales dans le monde, on parle de presque ¼ de la terre entière. Google est pareil, avec 90 % du marché des moteurs de recherche et du clic en ligne.

Mais ça, tu le sais déjà, qu’est-ce que je t’apprends de nouveau ? C’est qu’ils sont toujours en croissance. Jusqu’à nos jours. Et ça n’a pas de sens.

2. Qu’est ce que le potentiel de croissance? Le tout ou rien d’un marché digital.

Le potentiel de croissance est l’élément le plus important qui est regardé lorsqu’un investisseur veut s’engager dans une entreprise. Il s’agit pour lui de savoir à quel point son investissement pourra être rentable. Prenons un exemple, tu verras mieux.

Quand tu investis, tu veux récupérer ton argent dans le futur. Par exemple, pour 1000 frs investis dans une entreprise de cosmétique tu peux récupérer 1300 frs dans le meilleur des cas. Pour les applications Social Media comme Facebook et Twitter qui réussissent, pour 1000 frs investis tu peux récupèrer jusqu’à 20000 frs.

Le potentiel de croissance, c’est le niveau de revenu que tu peux engranger à partir de ton investissement initial. Plus ce potentiel est grand, plus l’affaire est juteuse et comme nous l’avons déjà vus, les entreprises qui fonctionnent sur internet crèvent le score dans ce domaine.

Dans l’économie physique, l’augmentation du chiffre d’affaires s’accompagne fatalement d’une augmentation des charges d’exploitation dans certaines proportions : plus de produits vendus = plus de produits fabriqués, plus d’usines, plus d’employés.

Mais dans une projet digital, les proportions sont réduites à l’inexistant. Tu peux augmenter autant que tu veux le nombre d’utilisateurs de Facebook et de Google, l’infrastructure derrière reste la même, après l’investissement initial : pas besoin d’augmenter les charges, alors que les profits restent en croissance. C’est le top du top pour un investisseur. Après l’investissement initial il n’aura peut-être plus besoin d’investir en infrastructures, ne paiera que les charges d’exploitation et engranger des retours sur investissement qui vont jusqu’à 20 fois la mise initiale. C’est tentant n’est-ce pas ?

3. Startup d’Afrique francophone : où est le marché ?

Maintenant, gardons les pieds sur terre. Ce type de projets peut être très rémunérateurs quand ils fonctionnent. Vrai. Mais ils sont aussi très risqués et difficiles à mettre en place.1

Dis moi : tu vois ce type de structure de marché pour nos projets africains ? des marchés pouvant rapporter 10 fois la mise de départ ? 20 fois ? Voici quelques raisons qui rendent ce type d’espérance assez proches de zéro :

  1. Les pays sont fragmentés, 2
  2. Les populations sont pauvres en revenus, 3
  3. La croissance internationale est complexe 4

Avec ces limites, devenir un monopole à domicile est déjà une torture. Mais même si tu y arrivais, tu devrais répliquer le même exploit dans tous les autres pays, l’un après l’autre, augmentant les coûts de façon géométrique, pour une augmentation de revenu arithmétique de raison négative (jargon mathématique, cherche pas). 

Et quand bien même tu arriverais à accomplir les deux exploits précédents, il te faudrait te prémunir des attaques extérieures ainsi que des solutions locales, tout en satisfaisant les investisseurs. C’est une mission suicidaire comme la reconquête du mur Maria. Avec les conditions observées ici, il semble vraiment compliqué de réussir à faire marcher une startup dans le contexte africain francophone. Et tu as vu, je n’ai même pas parlé des régulations bancales ou des systèmes de gouvernements complexes de nos régions5 Et des crises politiques.

4. Les portes de sorties ?

Un peu d’espoir, quand même. La situation est chaotique mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucun espoir non plus. l’actualité récente a montré plusieurs start ups africaines avec des levées de fonds intéressantes, même en afrique francophone, même si il y a clairement moins de dynamisme du coté ouest. Certains investisseurs comme Tomidee Davis et Rebecca Enonchong pensent qu’il s’agit simplement d’une question de temps. L’écosystème n’est pas encore mature et lorsqu’il le sera, nous verrons de la croissance naturellement. Espérons que cela se passera de notre vivant, et qu’on verra ces retours sur investissement.

  1. Un projet de style startup sur 10 échoue en moyenne, un sur 5 avant la première année. 75% des startups tournent à perte. Lien ici.
  2. Avec des populations très jeunes (donc financièrement inactives) et des démographies très diverses, des langues parlées différentes parfois au sein de la même région.
  3. Les marges possibles sont très faibles et en compétition avec le marché de subsistance. Certains utilisateurs d’internet hésitent entre leur repas du soir et la connexion internet journalière.
  4. La situation dans le pays d’origine est déjà difficile, le passage à un autre pays est exponentiellement plus complexe qu’ailleurs, les cultures sont traditionalistes, tribalistes, allergiques à l’innovation et à l’idée d’ouverture au monde. Il est plus cher parfois de quitter d’un pays africain à un autre, que de partir dans un pays d’Europe et de revenir ! Sans parler des régulations archaïques ET instables.
  5. Si, j’en ai parlé, mais dans les footnotes. Personne ne lit les footnotes.

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